A qui veut le bien, tout réussit

 
Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (Takenokodôji)

Un jour qu’il flânait dans la forêt, un homme entendit soudain une grosse voix qui l’appelait: c’était un lion, qui s’était coincé la patte sous une pierre.
«Sors-moi d’ici», lui dit-il.
«Si je le fais», répondit l’homme, «ne me mangerais-tu pas?»
«Sois sans crainte», reprit le lion, «il n’en sera rien.»

Rassuré, l’homme prit une corde, l’attacha à la pierre, et tira de toutes ses forces. Et ensemble, ils allèrent leur chemin.

Au bout d’un moment, le lion, qui n’avait rien mangé depuis longtemps, se trouva si affamé, qu’il en oublia aussitôt ses bonnes paroles:
«Je vais te manger», déclara-t-il.
«Ce n’est pas ce que tu avais promis», lui rappela l’homme.
«C’est vrai, mais la faim excuse tout.»
«Ce n’est pas mon avis», reprit l’homme, effrayé, «prenons donc pour juge ce cheval qui mange de l’herbe.»
«Soit, allons voir ce qu’il dit», admit le lion.

Quand ils lui eurent conté toute l’histoire, sans hésitation, le cheval déclara:
«Je pense que le lion a raison, parce que tant que j’ai pu travailler, mon maître m’a bien nourri, mais maintenant que je suis vieux et usé, il m’a chassé de l’étable et pour ne pas mourir de faim, je cherche ma vie parmi ces tas de pierres.»

Quand le cheval eût parlé, l’homme, qui tremblait de tous ses membres, dit au lion:
«Prenons encore l’avis de ce chien, là-bas, qui dort devant sa niche.»
«Si tu veux», accorda le lion.

Quand le chien eut entendu toute l’affaire, il leur fit cette réponse:
«Le lion a raison: tant que j’ai pu suivre le troupeau et le défendre des loups, j’ai été choyé. Mais aujourd’hui que je suis vieux et fatigué, mon maître ne me donne plus rien à manger.»

Sur ces mots du chien, l’homme sentit ses jambes devenir toutes molles, et pris de panique, il implora le lion:
«Allons encore trouver ce renard, là haut!»
«D’accord, mais ce qu’il dira, nous le ferons, et nous n’écouterons personne d’autre.»

Ils allèrent donc voir le renard, qui s’assit pour mieux les écouter.
«Pour bien juger de votre affaire», déclara-t-il, «il faudrait que je sache comment l’homme réagirait, si j’allais ce soir rendre visite à son poulailler.»

D’un coup, l’homme se sentit mieux, et des couleurs lui revinrent aux joues:
«C’est que je n’ai pas de poules, je suis végétalien!»

«Dans ce cas», dit le renard, «l’affaire est close, le lion n’a pas de raison de te manger. Et puisqu’il n’y a plus de querelles entre vous», ajouta-t-il, «vous m’excuserez, j’ai d’autres affaires à traiter.»

«Sans rancune?» demanda l’homme au lion déconfit. Et comme il avait faim aussi, l’homme invita le lion chez lui, où ils firent bonne chère et bon vin.

Inspiré du conte "A qui fait du bien, mal arrive" (Contes populaires du Languedoc, recueillis par Louis lambert, C. Coulet, 1899). L’histoire est la même en ce qui concerne le sauvetage et les essais répétés de l’homme pour trouver un allié, mais la fin diffère, puisque dans le conte originel, le renard par la ruse demande au lion de se remettre dans la position où il était, et l’y laisse coincé. En remerciement, l’homme trompe à son tour le renard et le tue.

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