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Il y a fort
longtemps, sur la terre, vivaient des hommes, des femmes, et d’autres
animaux, tels qu’ils existent encore de nos jours, mais aussi bien d’autre
êtres, plus étonnants les uns que les autres.
Certains d’entre eux, par exemple, naissaient dans des œufs, avaient un bec et deux
jambes, mais pas de plumes ; d’autres vivaient dans l’eau, comme des
poissons, mais au lieu d’écailles, ils étaient couverts de poils et ils
aboyaient. Les uns avaient les bras si longs qu’ils touchaient le sol sans se
pencher, les autres étaient si grands qu’ils atteignaient le sommet des arbres et cueillaient leurs fruits, sans
échelle.
Mais tous se nourrissaient pareillement de fruits et de légumes, buvaient l’eau des sources, et vivaient
paisiblement. A l’occasion, ceux qui étaient forts aidaient ceux qui ne l’étaient pas, les petits passaient là où les gros ne le pouvaient pas, et ceux qui avaient des ailes volaient pour ceux qui n’en avaient pas.
Cependant, à mesure que le temps passait, les êtres qui se ressemblaient le plus prirent l’habitude, allez savoir
pourquoi, de se rassembler et de vivre entre eux. Ainsi, ceux qui avaient froid et devaient habiter dans des maisons se séparèrent de ceux qui vivaient au
dehors, dans les arbres, de ceux qui volaient dans les airs, et de ceux qui nageaient au fond des
eaux.
Sans doute trouvaient-ils cela plus commode, mais au fils du temps, ils se
sentirent, ainsi groupés selon leur ressemblance, de plus en plus différents des autres
êtres, ceux-là mêmes dont ils avaient si longtemps partagé la vie.
Voulait-on, comme jadis, unir ses forces? Des dissensions naissaient, les uns voulant plutôt
ceci, les autres cela, bref, on ne se comprenait plus. Dans ce climat de
discorde, certains d’entre eux, considérant leurs propres besoins avant tout, eurent recours à la force et se mirent à user des autres sans
vergogne.
Ainsi, quand la terre fut sèche et dure, les humains attelèrent les autres animaux et les firent travailler sans
relâche, usant de leur vie comme si elle leur était destinée. En toute chose,
désormais, les humains donnèrent la priorité à ceux qui leur ressemblaient et qui pensaient comme
eux, et considérèrent les autres animaux comme quantité négligeable, tout juste bonne à servir leurs propres
intérêts.
C’est à cette époque qu’ils cessèrent de se nourrir de fruits et de
légumes, et qu’ils se mirent à dévorer leur chair, selon leur bon
vouloir.
Enfin, ils chassèrent sans merci ceux qui n’étaient semblables ni aux
humains, ni aux autres animaux. C’est pourquoi nous n’en rencontrons plus de nos
jours.
Dans ce monde divisé en deux parties, les humains connurent un moment de
répit, mais petit à petit, il leur vint à l’esprit que parmi eux
aussi, certains se ressemblaient et d’autres pas. Les uns en effet étaient noirs de la tête aux
pieds, tandis que les autres étaient blancs. Alors, on ne sait au juste
pourquoi, chacun se joignit à ceux qui lui ressemblaient le plus, peut-être parce qu’ils trouvaient cela plus commode.
Mais bien au contraire, ainsi groupés selon leur ressemblance, ils se sentirent complètement différents les uns des
autres, et des dissensions naquirent, les uns souhaitant ceci, les autres
cela.
Dans ce climat de discorde, certains, considérant leurs propres besoins avant tout, eurent recours à la force et se mirent à user des autres sans
vergogne. Ainsi, quand il fallut cultiver la terre, les blancs obligèrent les noirs à travailler sans
relâche, usant de leur vie comme si elle leur était destinée.
En toute chose désormais, les blancs donnèrent la priorité à ceux qui leur ressemblaient et pensaient comme
eux, et considérèrent les autres humains comme quantité négligeable, tout juste bonne à servir leurs propres
intérêts. Et ceux qui n’étaient ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs, furent les plus méprisés de
tous.
Répartis en deux catégories, les humains connurent un moment de répit, mais petit à petit, il leur vint à l’esprit que dans chacune d’entre
elle, certains étaient semblables et d’autres pas. Alors, on ne sait au juste
pourquoi, ils se rangèrent d’un côté ou de l’autre, hommes ou femmes, pensant peut-être que ce serait plus commode.
Or, au contraire, ainsi groupés selon leur ressemblance, ils se sentirent tout à coup fort différents les uns des
autres, et des dissensions naquirent, les uns voulant ceci, les autres
cela.
Dans ce climat de discorde, certains hommes, considérant leurs propres besoins avant tout, eurent recours à la force et se mirent à user des femmes sans
vergogne. Ainsi, quand elles furent en âge de procréer, les hommes les enfermèrent à la
maison, usant de leur vie comme si elle leur était destinée.
En toute chose désormais, les hommes donnèrent la priorité à ceux qui leur ressemblaient et pensaient comme
eux, et considérèrent les femmes comme quantité négligeable, tout juste bonne à servir leurs propres
intérêts. Enfin, ceux qui n’étaient semblables ni aux hommes, ni aux femmes, furent chassés sans
merci. Méprisés de tous, ils durent se cacher pour survivre.
Dans ce monde divisé, certains faisaient ce qu’ils voulaient sans s’occuper des
autres, agissant à sa guise, allant de droite ou de gauche, n’importe comment, suivant sa fantaisie et l’humeur du moment, passant au beau milieu de ceux qui voulaient rester ensemble, ou barrant la route à ceux qui voulaient se rendre quelque part. Ils se débarrassaient de tout ce qui les
gênait, en l’envoyant promener d’un violent coup de pied, à moins qu’ils ne l’avalent, tout
simplement. Pour tous les autres, c’était devenu insupportable.
«Comme ce serait bon», soupiraient-ils, «si chacun se devait de respecter
autrui!» Le chaos était tel qu’un jour, les humains décidèrent de se
rassembler, pour gérer les conflits et protéger les intérêts de
chacun.
Quel progrès pour les humains ! Depuis ce temps-là, en effet, tous ont
obtenu, quelles que soient leurs différences, le droit de vivre libres et
égaux, chaque jour, chaque heure de leur vie. Mais aux autres animaux, si semblables
soient-ils, rien n’a été accordé, pas même un jour, une heure de leur vie.
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