L'homme
qui répandait des cendres |
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Il était une fois un homme qui avait deux fils: le plus âgé était fort riche, tandis que le cadet vivait dans la misère. Contre toute attente, quand la mort emporta leur père, l’aîné hérita de tout, maison, meubles et fortune, à l’exception d’un petit chien, que le cadet recueillit et soigna comme son propre enfant. Entouré de l’affection des siens, le chien grandissait rapidement, et il fut bientôt capable d’accompagner le cadet, qui partait travailler aux champs. Chaque jour, il l’aidait à transporter ses outils, puis il s’installait sous un arbre, en bordure du champ, et de là, le regardait semer, planter et nettoyer les cultures. Aux fleurs innombrables succédèrent, sur les plans de petits pois, des cosses vert tendre, et à mesure que la saison avançait, on les voyait gonfler et se tendre, jusqu’à ce que leur peau étirée et translucide s’entrouvre sur des rangées de pois durs et brillants. Ce matin là, quand ils vinrent au champ pour la cueillette, qui devait durer toute la journée, le chien tout à coup s’écria: En une demi-heure, on avait engrangé toute la récolte, et de retour à la maison, on prépara une bonne soupe de pois, dont on se régalait, quand la femme du frère aîné arriva. On lui raconta alors ce qui s’était passé, et elle dit aussitôt: Le lendemain, l’aîné partit au champ. Sans attendre que le chien lui propose de porter ses outils, il hurla: Alors, fou de rage, et rendant le chien responsable de tout, il se lança à sa poursuite, armé d'un bâton. Le chien courait tantôt à droite, tantôt à gauche, pour échapper à son agresseur, et il ne vit pas, à ses pieds, une énorme pierre, sur laquelle il trébucha. De tout son long, il tomba sur le sol, juste en dessous de l'arbre à riz. Quand le cadet, inquiet de ne pas voir revenir son chien, vint le voir,
l'aîné vociféra: Le cadet et sa femme, pleins de tristesse, partirent immédiatement, coupèrent l’arbre à riz et taillèrent dans ce bois un beau brancard, sur lequel il couchèrent leur chien. Puis ils revinrent chez eux, en chantant: A partir de ce jour, ils mangèrent du riz en abondance, et s’achetèrent mille choses nouvelles. Aussi la femme du frère aîné ne put-elle s’empêcher de leur demander, quand elle vint encore leur rendre visite, d’où leur venait leur bonne fortune. Avec son mari, ils le soulevèrent, mais oubliant l’essentiel de la chanson, ils chantèrent: Fous de colère, ils rendirent le brancard responsable de la catastrophe, et après l’avoir brisé à coups de cognée, ils le jetèrent au feu, où il se consuma. Quand le cadet vint plus tard chercher le brancard, l’aîné déclara: Le jour suivant, il se mit à disperser les cendres dans son champ, tout en chantonnant: Instruit par sa femme, il se rendit à son champ, un soir de grand vent, et commença à jeter les cendres. Mais en même temps il chanta, oubliant les paroles exactes: Et les cendres aussitôt de se précipiter dans les yeux de l’aîné, qui tomba à genoux, aveuglé. Sa femme, pendant ce temps, s’impatientait d’attendre ainsi l’arrivée des tomates. Elle se rendit elle aussi au champ, où elle crut voir une énorme tomate, toute boursoufflée et luisante, mais ce n’était, en vérité, que la tête de son mari…
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