La poupée qui pleure

 
Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (Takenokodôji)

Il était une fois une petite fille qui avait reçu une poupée, que lui avait tricotée sa marraine. C’était une poupée magnifique, aux grands yeux bleus et aux longues tresses, et dès qu’elle l’avait aperçue, blottie dans le carton d’emballage, la fillette avait tout de suite eu envie de la prendre dans ses bras, et de la serrer sur son cœur.

Bien qu’elle ne la voyait pas souvent, sa marraine avait une manière bien à elle de la gâter, et elle pensait beaucoup à elle, assise au coin du feu et son tricot à la main.

Pourquoi voit-on si peu Marraine Alice? demandait souvent la petite fille. Mais elle n’obtenait que des réponses évasives, et le temps passait à nouveau. «Elle est vraiment bizarre», entendait-elle souvent dire ses parents. «Pourquoi faut-il qu’elle complique tout avec ses théories, et qu’elle gâche nos repas?» Il est vrai que lorsqu’elle venait, sa marraine ne mangeait pratiquement rien. Mais pour le reste, qu’est-ce qu’elle était gentille! La fillette aurait bien voulu la voir plus souvent, mais tout de même, recevoir la poupée l’avait remplie de joie et elle avait aussitôt décidé de la garder toujours près d’elle.

Elle la couchait dans son lit, l’habillait pour sortir et l’asseyait à ses côtés à table. Au début, ses parents n’en éprouvèrent aucun déplaisir, même s’ils trouvaient cela parfois excessif. Mais à la longe, la présence de la poupée à la table du repas leur devint insupportable.

Il faut dire que tant que durait le dîner, elle ne cessait de pleurer, et de grosses larmes coulaient sur son visage rose, sur ses vêtements et sur la table, qu’il fallait ensuite éponger avec un torchon.
«C’en est assez!» hurlait la mère de la fillette. «Je ne veux plus voir ce chiffon chez moi!» Et un jour, elle empoigna la poupée et s’en alla la jeter dans le foin, là où la fillette ne pourrait la récupérer.

Et la vie put continuer comme par le passé, sans que rien ne vienne plus troubler les repas. Quand vint l’hiver, et que l’herbe vint à manquer dans les prés, la mère grimpa l’échelle de la grange, pour aller chercher du foin. Mais à peine se fut-elle mise au travail que quelque chose lui mordit la cheville et y resta accroché. Crispée de douleur, elle se pencha sur son pied et reconnut la poupée qu’elle y avait jeté l’été dernier. Stupéfaire, elle secoua énergiquement sa jambe, mais la poupée s’agrippait, les dents plantées dans sa chair, et elle avait si mal que des larmes lui vinrent aux yeux.

Alertée par ses cris, la fillette accourut à son tour, mais à la vue de sa poupée, elle ne put s’empêcher de sourire, tant elle avait craint de ne plus jamais la retrouver.
«Dis à ta poupée de me lâcher immédiatement», lui ordonna sa mère.
Mais la fillette, méfiante, hésitait, ne sachant quel parti prendre, partagée entre l’envie de secourir sa mère et la crainte de se voir à nouveau séparée de sa poupée.

Une idée vint alors à son secours:
«Promets d’abord que jamais plus tu ne feras pleurer ma poupée», lui dit la fillette, «car tu dois bien savoir, n’est-ce pas, ce qui la met dans cet état, lorsque nous sommes à table?»
«Disons que j’en ai une vague idée», avoua la mère.
«Dans ce cas, promets que tu feras tout pour que cela ne se reproduise plus», insista encore la fillette.
«Bon, d’accord, je te le promets», soupira la mère.

La fillette s’approcha, prit la poupée, qui n’offrit aucune résistance et la serra contre elle. Et quand elles furent en bas, dans le jardin, la petite fille prit la main de sa mère et ajouta, d’un air entendu:
«Désormais, nous verrons beaucoup Marraine Alice!»

Signez notre livre d'or

HAUT DE LA PAGE

Accueil ] Littérature enfantine ] Analyse du "Petit chaperon rouge" ] Analyse du "Petit poucet" ] Sommaire des contes récrits ] Sommaire des poèmes ] Livre d'or ] Nos liens préférés ]

Isonomia - Free web design for activist causes (AVEA - Action végétariste pour l'égalité animale)

Webmestre: AVEA - Action végétariste pour l'égalité animale