La poupée qui pleure |
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Bien qu’elle ne la voyait pas souvent, sa marraine avait une manière bien à elle de la gâter, et elle pensait beaucoup à elle, assise au coin du feu et son tricot à la main. Pourquoi voit-on si peu Marraine Alice? demandait souvent la petite fille. Mais elle n’obtenait que des réponses évasives, et le temps passait à nouveau. «Elle est vraiment bizarre», entendait-elle souvent dire ses parents. «Pourquoi faut-il qu’elle complique tout avec ses théories, et qu’elle gâche nos repas?» Il est vrai que lorsqu’elle venait, sa marraine ne mangeait pratiquement rien. Mais pour le reste, qu’est-ce qu’elle était gentille! La fillette aurait bien voulu la voir plus souvent, mais tout de même, recevoir la poupée l’avait remplie de joie et elle avait aussitôt décidé de la garder toujours près d’elle. Elle la couchait dans son lit, l’habillait pour sortir et l’asseyait à ses côtés à table. Au début, ses parents n’en éprouvèrent aucun déplaisir, même s’ils trouvaient cela parfois excessif. Mais à la longe, la présence de la poupée à la table du repas leur devint insupportable. Il faut dire que tant que durait le dîner, elle ne cessait de pleurer, et de grosses larmes coulaient sur son visage rose, sur ses vêtements et sur la table, qu’il fallait ensuite éponger avec un torchon. Et la vie put continuer comme par le passé, sans que rien ne vienne plus troubler les repas. Quand vint l’hiver, et que l’herbe vint à manquer dans les prés, la mère grimpa l’échelle de la grange, pour aller chercher du foin. Mais à peine se fut-elle mise au travail que quelque chose lui mordit la cheville et y resta accroché. Crispée de douleur, elle se pencha sur son pied et reconnut la poupée qu’elle y avait jeté l’été dernier. Stupéfaire, elle secoua énergiquement sa jambe, mais la poupée s’agrippait, les dents plantées dans sa chair, et elle avait si mal que des larmes lui vinrent aux yeux. Alertée par ses cris, la fillette accourut à son tour, mais à la vue de sa poupée, elle ne put s’empêcher de sourire, tant elle avait craint de ne plus jamais la retrouver. Une idée vint alors à son secours: La fillette s’approcha, prit la poupée, qui n’offrit aucune résistance et la serra contre elle. Et quand elles furent en bas, dans le jardin, la petite fille prit la main de sa mère et ajouta, d’un air entendu: |
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