L'apprenti sorcier
(l'apprenti larron et son maître)

 
Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (L'apprenti larron et son maître) (Grimm)

Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (L'apprenti larron et son maître) (Grimm)Il était une fois un jeune garçon qui désirait devenir sorcier. Son père partit donc avec lui, chercher quelqu’un capable de lui apprendre ce métier, quelqu’un d’expert en sorcellerie.

Ils vont leur chemin et entrent dans une grande forêt, où il trouvent une toute petite maison cachée, où se tient un vieil homme.
«Ne connaîtriez-vous pas quelqu’un qui sache le métier de sorcier? lui demande le père».
«Çà! on peut bien l’apprendre ici», lui dit le vieil homme ; «je suis un maître dans cette branche».
«Cela tombe bien, je voudrais te confier mon fils, qui voudrait devenir sorcier».
«Pas de problème, viens le chercher dans un an jour pour jour, j’aurai terminé son apprentissage». 

Ainsi fut-il décidé. Et le père regagna sa maison dans les collines, où pendant une année il vécut seul, cultivant des légumes dont il se nourrissait, et qu’il vendait au marché, dans les villages des alentours. 

Quand le moment fut venu, il se rendit chez le sorcier, où son fils l’accueillit avec joie, car il ne l’avait plus revu depuis un an.
«Allons-nous en», lui dit-il, «et rentrons chez nous».
Et tous deux reprennent le chemin de la maison.
 

En cours de route, ils voient un couple de paysans, qui s’apprêtent à vendre leur cochon au boucher.
«Père», dit le fils, «je vais me transformer en cochon, et vous me vendrez à ce boucher, que vous voyez là».
Déjà le boucher tourne vers eux la tête, calculant combien pourrait lui rapporter le corps de ce beau cochon. S’adressant au père, il lui demande:
«Holà, mon brave, veux-tu vendre ton cochon?»
«Pour sûr», lui dit le père.
«Combien en veux-tu?» demande le boucher.
«Trente écus d’or».
«C’est cher», observe le boucher, «mais il est bien gras. Je te l’achète». 

Le boucher prend le cochon, rentre chez lui et va aussitôt chercher sa hache, pour le tuer. Mais au moment où il va abattre sa hache sur lui, le cochon se met à parler:
«Penses-tu que j’ignore tes intentions? Parce que nous, les cochons, nous ne parlons pas votre langage, vous nous achetez comme une simple marchandise, et vous nous ôtez la vie sans la moindre pitié, pour le seul plaisir de manger notre chair. Pourtant, tout comme toi, nous avons peur de mourir, et nous avons mal quand on nous maltraite. Ainsi prévenu, auras-tu encore l’audace de mettre fin à mes jours?»

Le boucher était fort contrarié d’être tombé sur un cochon parlant. Bien qu’il s’en soit toujours douté, il ne pouvait plus feindre maintenant d’ignorer que les cochons, à beaucoup d’égards, lui ressemblaient, et que les tuer n’était pas plus juste que de tuer les êtres humains.
«Vas au diable», s’écrie-t-il, et il tourne les talons, bien décidé cette fois à changer de métier. 

Le jeune homme reprend alors sa forme humaine et va rejoindre son père. Le lendemain, c’est la foire au bourg voisin. Sur la place se trouve un montreur d’ours, qui fait faire à l’animal enchaîné toutes sortes de tours.
«Je deviens un gros ours, père, et vous allez me vendre à cet homme-là», dit le fils.
C’est ce que fait le père, et le montreur d’ours l’achète pour 100 écus. 

«Je vais te mettre une chaîne au pied, et tu feras tout ce que je te dirai, sinon, tu auras affaire à moi », lui déclare le montreur d’ours.
«Mais comment oses-tu nous parler ainsi?» lui répond le jeune homme, « nous priver de notre liberté et sacrifier toute notre vie? Nous aussi, nous avons une famille à nourrir, à l’heure qu’il est, ils nous attendent et s’inquiètent de ne pas nous voir revenir. Laisse nous partir, nous n’avons rien à faire ici!» 

Le montreur d’ours écoute, tête basse, car tout cela, il l’a déjà lu dans le regard des ours, qu’il tient prisonniers.
«Qu’il en soit ainsi», décide-t-il, et il les laisse partir. 

Quand ils se sont assez éloignés, le jeune homme reprend sa forme humaine, salue son compagnon de route, et reprend le chemin de sa maison. En traversant la forêt, il vient à passer devant la demeure de son maître, le sorcier. 

Le maître ramasse des limaces et les enferme dans un bocal, car il veut les utiliser pour fabriquer du sirop contre la toux.
«Toi, tu as mal à la gorge», lui dit le jeune homme, «mais elles, tu vas les écraser sans pitié, et elles vont souffrir mille maux, jusqu’à ce qu’elles meurent». 

Le sorcier, voulant échapper aux objections du jeune homme, devient moineau et s’envole au loin. Mais le jeune homme devient aussi moineau, et vole à sa poursuite. Voyant qu’il n’est pas le plus fort, le maître se jette à l’eau et devient poisson. Alors le jeune homme devient poisson à son tour et gagne encore à la course. 

«On va voir ce qu’on va voir», s’écrie le sorcier, et il devient aussitôt une autruche, et se met à courir, de plus en plus vite, de plus en plus loin. Le jeune homme reprend sa forme humaine et le regarde s'éloigner, devenir de plus en plus petit, si petit qu’on ne le voit plus. Jamais il ne revint. 

Quand il eut rendu leur liberté aux limaces, le jeune homme rentra chez son père, à la maison dans les collines. 

De tout enseignement, il faut pouvoir saisir
Les leçons qu’il convient surtout de retenir 

Le maître connaissait fort bien les animaux
Dont il prenait souvent, toutes les apparences
Mais dur était son cœur, et devant tant de maux
Que subissent sans fin ces êtres sans défense, 

Jamais il ne dit mot, convaincu de son droit.
A l’élève il apprit, tout ce qu’il connaissait
Et voulut l'attirer à tuer de sang-froid.
C’était mal le juger ; devant tant de forfaits, 

Et tant d’indifférence, il se fit le serment,
Que là où il irait, jamais on ne verrait,
Il s’en portait garant,
D’animaux maltraités, écorchés et tremblants,
Pour qui il ne fût prêt,
A réclamer justice, attention et respect.
 

Le conte de l'apprenti larron et de son maître appartient à l'oeuvre de Grimm. Nous avons beaucoup retravaillé le conte, dont nous n'avons conservé que la structure. La teneur des épisodes est tout à fait différente, les transformations en animaux ayant pour but de plaider la cause animale, à la différence du conte classique, où elles servent à faire gagner de l'argent au père. La moralité clôturant le conte est nouvelle.

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