Le
roseau magique |
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Il y avait autrefois un pays où
les paysans se plaignaient d’un sanglier, qui traversait leurs champs
et retournait leurs cultures. Le roi avait promis une grande récompense
à celui qui les délivrerait de ce fléau. Or, dans ce pays, vivaient deux frères,
qui se déclarèrent prêts à tenter l’aventure. L’aîné des frères,
rusé et méchant, n’agissait que par profit, mais le cadet, doux et généreux,
y allait par bon cœur. Le roi les fit conduire en des points opposés
de la forêt: l’aîné partit du côté du soir, le cadet, du côté
du matin. Alors qu’il s’enfonçait dans
la forêt profonde, le cadet rencontra un petit lutin, qui tenait un
roseau dans sa main et qui lui dit: «Prends ce roseau, et
quand tu seras près du sanglier, souffle dedans. Tu pourras ainsi
comprendre son langage». Le cadet prit le roseau, remercia
le lutin et continua son chemin. Peu de temps après, il aperçut
le sanglier, couché au pied d’un chêne. Sans attendre, il souffla
longuement dans le roseau, et à son grand étonnement, il entendit le
sanglier parler, et il comprenait ses paroles! «Pitié, ne me tue pas»,
lui dit le sanglier. «Je me suis blessé hier à la clôture, et
je peux à peine marcher». Le sanglier hésitait beaucoup,
car il connaissait la méchanceté des hommes, mais il accepta quand même
la proposition du cadet, car c’était la première fois qu’un humain
comprenait son point de vue. Au moment où ils sortaient de la
forêt du côté opposé, le frère aîné les aperçut, et son cœur
s’emplit de jalousie et de haine. Il les suivit à distance, et quand
ils s’engagèrent sur le pont au-dessus du ruisseau, il bondit sur le
cadet par derrière et lui donna un si grand coup sur la tête qu’il
tomba dans l’eau. Croyant son frère mort, l’aîné
passa une corde au cou du sanglier et décida de le porter au roi et de
faire comme s’il l’avait attrapé lui-même, pour obtenir la récompense.
Il raconta à tous que son jeune frère avait été tué par le
sanglier, et tout le monde le crut. Le roi fit alors appeler son
cuisinier, à qui il voulait donner le sanglier, pour qu’il le tue et
le fasse rôtir. Le sanglier, qui avait tout
entendu, couinait de peur, mais personne dans l’assemblée ne l’écoutait.
Tout à leur bavardage, ils ne faisaient pas attention à lui. Mais soudain, dans la grande
salle, il y eut comme un souffle, comme une brise légère. C’était
le cadet qui, s’avançant du fond de la salle, soufflait dans le
roseau magique. Alors on entendit des cris de
terreur et de souffrance, et tous se turent et écoutèrent, cherchant
des yeux celui qui criait ainsi sa misère. Et les regards étonnés se
posèrent enfin sur le sanglier, car tous maintenant comprenaient sa
douleur et sa détresse. Quand il fut devant le roi, le
cadet raconta sa rencontre avec le lutin, qui lui avait donné le roseau
magique. Grâce à lui, il avait pu comprendre et convaincre le sanglier
de l’accompagner, mais l’aîné les avait attaqués, le laissant
pour mort dans le ruisseau et emmenant de force l’animal. Le roi ordonna sur le champ que
le sanglier soit libéré de ses liens, et que le frère aîné soit jeté
en prison. A la demande du roi, le cadet souffla encore une fois dans le
roseau, et le sanglier expliqua qu’il était obligé de traverser les
champs et les cultures, pour aller chercher les châtaignes dont ils se
nourrissaient, lui et les siens. «C’était pourtant évident,
mais je n’y avais pas pensé», admit le roi. «Dès
demain, nous ferons tracer un sentier, que tu pourras emprunter en toute
liberté, toi et ta famille». Le sanglier, le cœur léger, put
regagner la forêt tranquillement. Quant au roi, il décida que jamais
plus il n’arbitrerait un conflit sans prendre la peine d’écouter
chacun, quelle que soit son espèce.
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