Le singe de Neuoalluop |
||
|
Et à partir de ce jour, il s’en alla à travers la campagne, le présenter à tous ceux qui voulaient bien payer pour le voir. Il avait ainsi amassé quelque argent, quand un matin, au réveil, il eut la stupéfaction de se trouver dans le costume du singe, tandis que celui-ci était vêtu comme un humain. Malgré tous ses efforts pour enlever cet habit, il ne put en arracher un seul poil. C’était devenu sa propre peau! En aucun cas, il ne voulait être vu dans cet état, et cela se comprend bien. Ce qui arrivait aux singes, il ne le savait que trop bien. Qui aimerait recevoir des pierres à la figure, être la risée de tous, ou être traité de tous les noms? Il fallait absolument qu’il se cache, qu’ils prennent les chemins les plus écartés, en dehors des hameaux. Malgré cela, partout où ils passèrent, il endura des mauvais traitements, et contrairement à ce qu’il imaginait auparavant, tout singe qu’il était, il en éprouva un profond chagrin. Il était désolé, et regrettait ce qu’il avait fait, pour se procurer de l’argent. Sans compter que maintenant, il était à la merci de son compagnon qui pouvait, s’il le voulait, le traîner à son tour de village en village, et le faire souffrir. Mais en réalité, son compagnon se contentait de le regarder, d’un œil pensif. Le temps passait, et ils vivaient paisiblement ensemble, prenant leurs repas, cultivant le jardin, regardant la télévision. Peu à peu, il en vint à oublier complètement qu’il était un singe, tant leurs centres d’intérêt et leurs activités étaient semblables. Un jour de pleine lune, des bruits étranges au rez de chaussée les tirèrent du sommeil, au milieu de la nuit. Effrayés, ils descendirent l’escalier et aperçurent un vieil homme en manteau noir, qui tisonnait le feu. Blancs de peur, ils reculèrent, mais d’une vois douce, le vieillard les rassura et dit: Vous ne le croirez peut-être pas, vous qui écoutez cette histoire, mais moi qui l’ai vécue, je peux vous dire que je ne m’étais pas senti différent, quand j’étais singe. Après cette aventure, il ne me vint jamais plus à l’esprit d’exploiter les autres animaux, quels qu’ils soient d’ailleurs ; et je me mis à les respecter, comme ma propre vie. |
||
|
|
||