L'énigme |
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Un jour, il arriva dans une grande forêt, et comme le soir tombait, il se mit à chercher un endroit où passer la nuit. Et voici qu'au détour du sentier, il aperçut une chaumière, où il alla frapper. C’était en vérité la maison d’une sorcière, qui habitait là avec son chat. Elle était assise dans un fauteuil devant le feu, et ses yeux rouges le fixaient: «Bonsoir», grinça-t-elle, «assoyez-vous et reposez-vous». Le jeune homme, qui n’avait pas peur, s’installa confortablement à côté de la sorcière, et tous deux passèrent une agréable soirée. Le lendemain matin, la sorcière lui fit cadeau d’une petite fiole magique, en lui recommandant de s’en servir, si d’aventure il était en danger. Le jeune homme la remercia, et continua son voyage. Toute la journée, il marcha dans la grande forêt, sans jamais en sortir. A l’approche du soir, il parvint enfin à une auberge, où il entra et demanda un plat de légumes, car il ne mangeait pas de viande. «Impossible», dit l’aubergiste, qui avait l’air d’avoir peur, «chaque jour viennent ici 12 bandits, qui exigent que je leur serve un bouillon, fait avec la chair hachée d’un animal». «Il y a peut-être une solution», pensa le jeune homme. Et il sortit de son sac la fiole magique, la donna à l’aubergiste, et lui demanda d’en verser le contenu dans le bouillon. A l’heure du repas, les 12 bandits entrèrent et prirent place autour de la table, où fumait une grande marmite. «Servons-nous, compères!» lança le chef. Mais à peine eurent-ils soulevé le couvercle qu’un corbeau tout noir s’échappa de la marmite, en poussant des cris perçants: Crooahh Crooahh! Epouvantés, les bandits renversèrent leurs chaises et s’enfuirent dans la forêt, aussi vite qu’ils le pouvaient. L’aubergiste fut vraiment content d’être débarrassé de ces êtres cruels, et le jeune homme décida de continuer son chemin. Après un long voyage, il arriva dans une ville où demeurait une reine très orgueilleuse et sans pitié. Du monde entier, des gens venaient la voir pour lui poser des énigmes. Si elle réussissait à les résoudre, elle leur faisait trancher la tête ; si elle ne le pouvait pas, elle céderait sa place sur le trône. Elle se donnait trois jours et trois nuits pour y réfléchir, mais elle était si intelligente qu’elle trouvait toujours la solution bien avant. Le jeune homme, quand il apprit cela, décida de tenter sa chance. Il se présenta devant elle et lui proposa son énigme: «Un qui n’abat personne, et qui pourtant en terrasse 12, qu’est-ce que c’est?» Elle ne sut pas ce que c’était, et pendant 3 jours et 2 nuits elle pensa, pensa, réfléchit, réfléchit, mais sans parvenir à rien ; elle ouvrit ses livres d’énigmes, mais n’y trouva rien de ce genre. Bref, sa sagesse s’y épuisa ; et comme elle ne savait plus que faire pour s’en tirer, elle décida la troisième nuit d’entrer en cachette dans la chambre du jeune homme, dissimulée sous un manteau, couleur de brouillard. Croyant le jeune homme endormi, elle lui parla doucement, dans l’espoir qu’il répondrait dans son rêve, comme beaucoup le font ; mais en vérité il ne dormait point, écoutant, entendant et comprenant tout fort bien. - Un qui n’abat personne,
qu’est-ce que c’est? demanda-t-elle. Connaissant maintenant le mot de l’énigme, elle voulut sans aller sans bruit, mais d’un geste vif, le jeune homme lui prit son manteau, couleur de brouillard. Le lendemain matin, la reine fit annoncer qu’elle avait résolu l’énigme ; le tribunal des 12 juges siégea sur son ordre, elle déchiffra devant eux l’énigme, et exigea que la tête du jeune homme soit tranchée. Mais prenant la parole, celui-ci expliqua comment la nuit dernière, la reine s’était glissée dans sa chambre pour lui demander la solution, et comment il la lui avait donnée, et prit son manteau. Les juges reconnurent tout de suite le manteau couleur de brouillard de la reine, et ils se tournèrent vers elle pour la sentence: «Le manteau»,
dirent-ils, «donne le au jeune homme, nous le ferons broder
d’or et d’argent: ce sera son manteau royal».
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