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Les
trois frères |
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Il était une fois un roi qui avait trois fils: deux qui parlaient sans cesse et se vantaient tout le temps, et un troisième qui ne disait jamais un mot de trop. Le roi, en vieillissant, sentant ses forces décliner et songeant à sa mort, ne savait comment partager son royaume entre ses fils. Il les fit venir auprès de lui et décida de leur poser quatre questions. «Selon vous», leur demanda-t-il en premier, «quel est l’or le plus pur?» «Qu’il en soit ainsi», déclara alors le roi, et il donna sa couronne au premier fils et au second, son trésor. «Et pour toi», demanda-t-il ensuite au troisième fils, «quel est l’or le plus pur?» Les deux premiers fils, pressés d’obtenir davantage de leur père, trépignaient déjà d’impatience, quand le roi formula la seconde question: «Selon vous, quelle soie est la plus délicate?» «Qu’il en soit ainsi», déclara le roi, et il offrit sa traîne au premier fils et au second, ses draps de lit. «Et pour toi», demanda-t-il au troisième fils, «quelle soie est la plus délicate?» «La troisième question, la troisième question, pose-la nous», réclamaient les deux premiers fils, dévorés par l’envie de posséder plus encore. «Soit», reprit le roi, «je vous donne à l’un et à l’autre mon château et mon palais». «Mais toi, qu’en penses-tu», dit-il en se tournant vers le troisième fils, «de ce que tu vois, quelle est la chose la plus admirable?» «De tous les chants du monde, quel est le plus mélodieux?» «Soit», admit le roi , «je vous donne mon armée et mes musiciens». «Mais toi, qu’en penses-tu», demanda encore le roi au troisième fils, «de tous les chants du monde, quel est le plus mélodieux?» «Vraiment je ne te comprends pas», lui avoua le roi, «mais advienne que pourra, la volière est à toi». C’est ainsi que le roi put partager son royaume entre ses trois fils. Le premier revêtit la couronne et la traîne royales, et de son château, lança ses soldats dans des guerres sans merci, pour étendre son pouvoir. Le second s'installa au palais, dépensa sans compter le trésor et vécut dans le luxe. Chaque soir, les musiciens jouaient et chantaient pour lui, et il se couchait dans les draps les plus fins. Et les années passèrent, et pendant très longtemps, ils n’entendirent plus jamais parler de leur jeune frère. Or il advint qu’un jour, alors que le premier et le second fils traversaient en carrosse la forêt, une roue vint à se briser. Ils se mirent alors à marcher, dans l’espoir de trouver un endroit pour se reposer, en attendant de pouvoir repartir. Suivant un petit sentier qui serpentait à travers bois, couvert de mousse et d’herbe tendre, les deux frères entendirent soudain chanter, et ils tendirent l’oreille pour écouter: Tout à coup, un oiseau voleta autour d’eux quelques instants, avant de regagner le sommet d’un arbre, d’où il reprit sa mélodie: c’était un rossignol qui chantait. Continuant leur chemin, les deux frères parvinrent à un endroit où le sentier se rétrécissait et se perdait dans les hautes fougères. Alors qu’ils tentaient de se frayer un passage, une toile d’araignée leur effleura le visage, et son fil en était si fin, si délicat, qu’ils n’en avaient jamais senti de pareil. Comme des perles, des gouttes de rosée s’y étaient déposées, et frémissaient au souffle du vent. Plus loin, ils débouchèrent sur une clairière illuminée de soleil et tout éblouis après l’obscurité du sous-bois, les deux frères aperçurent un paon qui faisait la roue, et son plumage magnifique avait l’éclat des émeraudes et du saphir. Et comme ils s’extasiaient ainsi, une abeille vint se poser tout près de là et se mit à butiner l’une après l’autre les fleurs de la prairie, et sur l’une de ses pattes brillait une boule de pollen, luisant comme de l’or. A ce moment, les deux frères entendirent une voix qui disait: Et écartant les broussailles derrière lesquelles il se dissimulait, leur jeune frère apparut devant leurs yeux:
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