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Poucette |
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«J’ai vraiment envie d’avoir un petit enfant, ne veux-tu pas me dire où je pourrais m’en procurer un? -
Tu frappes à la bonne porte, dit
la sorcière. Tiens, voilà un grain d’orge, (…) mets-le dans un pot,
et tu verras! -
Merci», dit la femme.
Une fois rentrée chez elle, elle planta
le grain d’orge, et aussitôt «C’est
une belle fleur», dit la femme, et elle l’embrassa sur les beaux
pétales rouges et jaunes, mais au moment même de ce baiser, la fleur
s’ouvrit avec un grand bruit d’explosion. C’était vraiment une
tulipe, ainsi qu’il apparut alors, mais au milieu d’elle, assise sur
le siège vert, était une toute petite fille, (…) qui n’était pas
plus haute qu’un pouce, et qui, pour cette raison, fut appelée
Poucette. Elle eut pour
berceau une coque de noix laquée, des pétales bleus de violettes furent
ses matelas, et des pétales de roses son édredon ; c’est là
qu’elle dormit la nuit, et le jour elle jouait sur la table, où la
femme avait posé une assiette entourée d’une couronne de fleurs, dont
les tiges trempaient dans l’eau ; un grand pétale de tulipe y
flottait, où Poucette pouvait se tenir et naviguer d’un bord à
l’autre de l’assiette (…). Une
nuit qu’elle était couchée, arriva une (…) grenouille qui sauta par
la fenêtre.
(…) D’un bond, elle fut sur
la table où Poucette était couchée et dormait sous l’édredon de
feuilles de roses rouges. La grenouille (…), quand elle aperçut Poucette, fut très étonnée :
jamais elle n’avait vu d’être humain aussi petit ! Délicatement,
elle tira la coque de noix à elle et l'emporta au loin dans le jardin.
Le lendemain
matin, quand Poucette se réveilla, elle vit tout autour d’elle nager de
petits poissons, qui sortaient leur tête de l’eau et la regardaient,
tout étonnés de sa présence. Ils étaient si nombreux autour d’elle,
que la tige qui retenait la feuille céda. Et la
feuille se mit à descendre le cours du ruisseau, emportant Poucette loin,
très loin (…). Poucette
navigua, passa devant beaucoup d’endroits, et les petits oiseaux perchés
sur les arbustes la berçaient de leurs
chants. La feuille, avec elle, s’éloigna
de plus en plus ; c’est ainsi que Poucette partit pour l’étranger. Un
joli petit papillon blanc ne cessait de voler autour d’elle et finit par
se poser sur la feuille (…), car le lieu où elle naviguait était très
agréable ; le soleil luisait sur l’eau, c’était comme de l’or
magnifique. (…) A
ce moment arriva en volant un grand hanneton. Dès
qu’il aperçut Poucette, il la
saisit dans ses pinces et l’emporta dans un arbre (…). Transportée
dans les airs, elle fut bientôt au sommet de l’arbre, où
ils se posèrent sur la plus
grande feuille verte. Le hanneton lui
donna le pollen des fleurs à manger, et lui dit qu’elle était très
gentille, bien qu’elle ne ressemblât pas du tout à un hanneton.
Ensuite les autres hannetons qui habitaient l’arbre vinrent lui rendre
visite, ils regardèrent Poucette, et les demoiselles-hannetons allongèrent
leurs antennes et dirent : «Elle n’a que deux pattes, et pas
d’antennes», «comme c’ est étrange ! Elle est menue, mais elle ressemble à l’espèce humaine» (…). Le hanneton, lui demandant où elle souhaitait aller, vola
en bas de l’arbre avec elle et la posa sur une grande marguerite (…).
A
l’orée de la forêt, où elle était alors parvenue, s’étendait un
grand champ de blé, mais le blé n’y était plus depuis longtemps, seul
le chaume sec et nu se dressait sur la terre gelée. C’était pour elle
comme une forêt qu’elle parcourait, oh, comme elle tremblait de froid.
Elle arriva ainsi à la porte de la souris des champs. C’était un petit
trou au pied des fétus de paille. La souris avait là sa bonne demeure tiède,
toute sa chambre remplie de grain, cuisine et salle à manger. Poucette se
plaça contre la porte (…) et demanda un petit morceau de grain
d’orge, car depuis deux jours elle n’avait rien eu du tout à manger. «Petite,
dit la souris (…), entre dans ma chambre chaude manger avec moi!»
Si tu veux, tu
peux rester chez moi cet hiver
(…), nous nous raconterons des histoires, ce sera très agréable.
Poucette accepta et s’installa chez la souris. «Nous
aurons bientôt une visite, dit la souris, mon voisin a l’habitude de
venir me voir tous les jours de la semaine. Il vit
plus enfermé encore que moi, dans
de grandes galeries et porte une
magnifique pelisse de velours
noir .» (…) Le voisin, une taupe, s’était
récemment construit un long corridor dans la terre, de sa demeure à
celle de la souris, et il emmena Poucette
et la souris s’y promener. Prenant dans sa bouche un morceau de mèche,
car cela brille comme du feu dans l’obscurité, il marcha devant elles
et les éclaira dans le long couloir sombre. (…)
La
taupe boucha le trou par où le jour luisait, et les dames l’accompagnèrent
jusqu’à sa demeure. Mais la nuit, Poucette ne put dormir, elle se leva
de son lit et tressa une belle couverture de paille dont elle alla
envelopper l’oiseau mort, et elle mit du coton moelleux, qu’elle avait
trouvé chez la taupe, autour du corps de l’oiseau, afin qu’il pût être
au chaud dans la terre froide. «Adieu,
beau petit oiseau, dit-elle. Adieu et merci pour tes délicieux chants de
cet été, quand les arbres étaient verts et que le soleil brillait si
chaud au-dessus de nous!» Et elle posa sa tête sur la
poitrine de l’oiseau. (…)
C’est alors qu’elle entendit comme
des battements à l’intérieur. C’était le cœur de l’oiseau.
L’oiseau n’était pas mort, il était engourdi, et la chaleur
l’avait ranimé. A l’automne toutes les hirondelles s’envolent vers
les pays chauds, mais il en est qui s’attardent, et elles ont tellement
froid qu’elles tombent comme mortes, elles restent où elles sont tombées,
et la froide neige les recouvre.
La
nuit suivante elle se glissa de nouveau vers lui, et il était alors tout
à fait vivant, mais très faible, il ne put ouvrir qu’un instant ses
yeux et voir Poucette, qui était là, un morceau de mèche à la main,
car elle n’avait pas d’autre lumière. «Merci,
petite fille, lui dit l’hirondelle
malade, j’ai été vraiment réchauffée,
bientôt j’aurai repris des forces et de nouveau je pourrai voler aux
chauds rayons du soleil! -
Oh! dit Poucette, il fait froid dehors, il neige et il gèle, reste
dans ton lit chaud, je te soignerai.» Elle
apporta de l’eau dans un pétale de fleur à l’hirondelle, qui but et
raconta comment elle s’était blessée l’aile à une ronce et
n’avait pas pu voler aussi vite que les autres hirondelles, qui étaient
parties loin, très loin, vers les pays chauds. Elle avait fini par tomber
à terre, ensuite elle ne se rappelait plus rien, et ne savait pas du tout
comment elle était venue là. Dès
que vint le printemps et que le soleil réchauffa la terre, l’hirondelle
dit adieu à Poucette, qui ouvrit le trou fait par la taupe au-dessus. Le
soleil rayonnait superbe au-dessus d’elles, et l’hirondelle demanda à
Poucette si elle ne voulait pas venir avec elle, car elle pourrait se
mettre sur son dos, et elles
s’envoleraient ensemble loin dans la forêt verte. Mais Poucette savait
que cela ferait de la peine à la souris et
à la taupe si elle les quittait
ainsi. «Cela me plairait beaucoup de voyager avec toi, mais il faut d’abord que je prenne congé de mes amis, qui m’ont si bien accueillie lorsque j’avais froid et nulle part où aller. - Voilà ce que
je te propose, dit l’hirondelle. Quand l’été touchera à sa fin et
que l’hiver sera à nouveau proche, je reviendrai te voir, et si tu le
souhaites toujours, nous partirons toutes les deux dans les pays chauds.» Tout l’été, Poucette le passa avec la souris et la taupe, et quand le temps se fut refroidi, et qu’il ne resta plus que le chaume sec après que le blé eût été coupé, elle fit quelques pas hors de la demeure de la souris. Entourant de ses bras une petite fleur rouge qui était là, elle lui demanda si elle n’avait pas vu l’hirondelle. -
Qvivit, qvivit, dit-on à ce moment au-dessus de sa tête. Elle
regarda en l’air, c’était l’hirondelle qui passait justement.
Aussitôt qu’elle vit Poucette, elle fut ravie (…).
La souris et la
taupe, alertées par le bruit, vinrent dire adieu à Poucette, et lui
souhaiter bon voyage. Poucette grimpa sur le dos de l’oiseau et
l’hirondelle s’éleva dans le ciel, au-dessus de la forêt et
au-dessus de la mer, haut au-dessus des grandes montagnes toujours
recouvertes de neige. Quand elle eut froid, Poucette se recroquevilla sous
les plumes chaudes de l’oiseau et passa seulement sa tête, pour voir
toute la splendeur étalée sous elle. Et
elles arrivèrent aux pays chauds. Le soleil y brillait, beaucoup plus
lumineux qu’ici. Le ciel était deux fois plus élevé, et dans les fossés
et sur des haies poussaient de délicieux raisins blancs et bleus. Dans
les forêts pendaient des citrons et des oranges et les myrtes et la
menthe crépue embaumaient (…). Mais l’hirondelle vola plus loin
encore, et ce fut de plus en plus beau. Sous de magnifiques arbres verts
au bord de la mer bleue se trouvait un château de marbre d’une
blancheur éclatante, fort ancien. Les ceps de vigne enlaçaient les
hautes colonnes ; tout en haut étaient de nombreux nids
d’hirondelles, et dans l’un d’eux habitait celle qui portait
Poucette. «Voilà
ma maison, dit l’hirondelle, mais si tu veux te chercher une des
superbes fleurs qui poussent en bas, je t’y poserai, et tu seras aussi
bien que tu peux le désirer. -
C’est parfait», dit Poucette, et ses petites mains battirent.
Un
petit homme était assis au milieu de la fleur, aussi blanc et transparent
que s’il avait été de verre ; il avait sur la tête une belle
couronne d’or et aux épaules de jolies ailes claires, et il n’était
pas plus grand que Poucette. C’était l’ange de la fleur. Dans chaque
fleur habitait un pareil ange, homme ou femme (…). «Oh !
regarde!», chuchota
Poucette à l’hirondelle. L’ange de la fleur, dès qu’il vit Poucette, l’aima de tout son cœur. (...) Aussi prit-il sa couronne d’or et la plaça sur la tête de la fillette, puis il lui demanda comment elle s’appelait et si elle voulait vivre avec lui, au pays des fleurs. Poucette regarda autour d’elle: comme ce serait bon de vivre ici! «D’accord», répondit-elle (…). Là-haut dans son nid, l’hirondelle chantait des chants délicieux. Quand fut venu pour elle le moment de quitter les pays chauds pour retourner jusqu’en Danemark, elle vint dire au-revoir aux amoureux et s’envola à nouveau. Là-bas, au loin, l’hirondelle a un nid au-dessus de la fenêtre où
habite l’homme qui sait conter des contes, elle lui a chanté son:
qvivit, qvivit! et c’est de là que nous tenons toute
l’histoire.
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