Rends-moi ma jambe

 
Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (Rends-moi ma jambe) (Grimm)

Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (Rends-moi ma jambe) (Grimm)Un jour qu’ils étaient à table, père, mère et enfant, pour partager le repas, et que midi sonnait à l’église, la porte s’ouvrit au douzième coup, et un veau étrangement pâle entra, couvert de sang.

Et tout au long du dîner, tandis qu’ils mastiquaient la viande, rompaient les os et suçaient la moelle, le veau ne cessa de crier: 
«Rends-moi ma jambe ! Rends-moi ma jambe!»

Le lendemain, la même scène se reproduisit, à ceci près que ce ne fut plus un veau, mais un lapin qui vint, et le surlendemain, une poule, tous deux livides et gluants de sang.

Bouleversé, l’enfant finit par interroger son père sur ces pauvres animaux, qui s’en venaient chaque jour, mutilés et meurtris, réclamer à grands cris leurs membres amputés.
«Je n’ai jamais rien vu de semblable», répondit le père, «et je t’assure, je n’ai pas la moindre idée de l’identité possible de ces malheureuses bêtes».

Le jour suivant, lorsqu’un cochon blême et sanguinolent pénétra dans la cuisine, l’enfant le désigna à son père, qui regarda bien, mais ne put le voir, pas plus d’ailleurs que la mère.

Pourtant, chaque fois que l’on soulevait le couvercle de la marmite où avait cuit la viande, et puis à chaque bouchée, l’enfant entendait la voix suppliante du cochon qui disait:
«Rends-moi ma jambe et mon jambon!»

Alors l’enfant se leva et sur la pointe des pieds, marcha jusqu’au fourneau où se tenait le cochon.
«Ne le voyez-vous pas» demanda-t-il, «gratter et fouiller dans le ragoût, comme s’il y cherchait quelque chose?»

Sur ces mots de son fils, la mère tout à coup le reconnut:
«Mon dieu, oui!» s’écria-t-elle, «c’est bien le cochon que nous avons tué et mangé!»

Ayant cessé depuis ce jour de manger de la viande, ils ne virent plus jamais personne revenir.  

Pour écrire cette histoire, nous avons puisé à deux sources : le conte de Grimm «le sou volé», dans lequel le fantôme d’un enfant revient sans cesse chercher deux sous qu’il avait caché sous le parquet au lieu de les donner à un pauvre, et le conte traditionnel « Rends-moi ma jambe », dans lequel une fille goulue, voulant toujours manger de la viande, contraint ses parents à lui rapporter la jambe d’un mort, à défaut d’avoir trouvé une autre viande. Le mort vient alors réclamer sa jambe et l’emporte dans le tombeau à sa suite.

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