Takenokodôji

 
Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (Takenokodôji)

Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (Takenokodôji)Il était une fois un fils de tonnelier qui s’appelait Sankichi. Un jour qu’il était allé dans la montagne couper des bambous, il entendit une voix qui appelait :
«Sankichi!»
«Tiens», se dit-il, «qui est-ce?»
«Sankichi, Sankichi, par ici!»
«Où çà?»
«Ici, dans le bambou!»

Le jeune homme s’approcha du bambou, mais il ne voyait toujours rien. C’est alors qu’il entendit à nouveau:
«Sankichi, sors-moi de ce bambou, s’il te plaît»

A l’aide de sa scie, Sankichi coupa le bambou, et à son grand étonnement, il en vit sortir un tout petit bonhomme, haut de quelques pouces, qui lui dit:
«Merci à toi, Sankichi!»

Quelle grosse voix pour un si petit bonhomme! pensa Sankichi, et il le déposa sur sa main.
«Mais comment se fait-il que tu connaisses mon nom», demanda-t-il au petit homme.
«C’est que je suis un être du ciel», répondit celui-ci, «et que je sais tout ce qui se passe en ce monde».
«Quel est ton nom?» lui demanda Sankichi.
«Je m’appelle Takénokodôji, et j’ai 1234 ans!»
«Vas-tu retourner au ciel?» questionna encore Sankichi.
«Bien-sûr», répondit le petit homme, «mais pas avant d’avoir exaucé quatre de tes vœux». Et il lui enseigna une formule magique, qu’il lui faudrait répéter trois fois, avant chacun de ses vœux.

Alors, sans hésiter, Sankichi répéta par trois fois:
«Takenoko, takenoko
Rends-moi invisible!»

Et sur le champ, un nuage épais l’enveloppa, et il entra chez le fermier, qui était à table, avec sa femme, devant un poulet aux petits légumes, et à la sauce aigre-douce.

«Takenoko, takenoko,
Rends-lui la vie!»
Dit alors par trois fois Sankichi.

Et le poulet aussitôt se dressa dans le plat, et se mit à picorer les légumes dans lesquels il marinait quelques instants plus tôt.
Le fermier et la fermière, de stupeur, en restèrent sans voix, et il se pincèrent les bras, pour s’assurer qu’ils ne rêvaient pas.

Mais déjà Sankichi répétait:
«Takenoko, takenoko,
Ouvre leur cœur!»

Et à cet instant, Sankichi vit que de la bouche des fermiers sortaient toutes sortes d’animaux, des veaux et des cochons, des lapins et des poules, un par un, deux par deux, et cela n’en finissait pas, tant ils en avaient mangé auparavant.

«Takenoko, takenoko»,
dit encore Sankichi,
«Fais-moi samuraï!»

Et il devint aussitôt un vrai samuraï! Sankichi remercia alors Takénokodôji, et comme le font les samuraïs, il se mit au service du fermier et de la fermière, et de tous ceux qui, comme eux, avaient besoin de lui, pour se porter garant, des intérêts d’autrui.

Ce conte est issu des « Contes du Japon d’autrefois », recueillis par Yanagita Kunio (Publications Orientalistes de France, 1983). Nous ne l’avons presque pas remanié, mais considérablement allongé : dans le récit original en effet, Sankichi ne formule qu’un seul vœu, celui de devenir samouraï et de gagner son pain en se mettant au service des hommes.

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