Valère et ses amis (Le corps sans âme) |
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Les trois compères, ravis de ce partage, voulurent remercier le jeune homme, qui avait si habilement mis un terme à leur querelle. Le chien lui fit cadeau d’un poil, qui lui permettrait de se changer en chien quand il le voudrait et le pigeon lui donna une plume, grâce à laquelle il pourrait devenir oiseau. Quant à la fourmi, elle lui donna une patte, qu’elle avait perdue tout récemment, et qui le rendrait capable, s’il le souhaitait, de se transformer en fourmi. Emu de leur gentillesse, Valère les remercia et rentra chez lui, où il s’empressa de cacher en lieu sûr le poil, la plume et la patte. Plusieurs mois s’étaient écoulés, quand un jour, Valère apprit qu’en une lointaine contrée, un géant s’emparait des jeunes gens et les emprisonnait dans une tour, perdue au milieu de la mer, où ils mouraient de faim et de soif. La population, terrorisée, avait déjà tendu de nombreux pièges au géant, mais à chaque fois, il en était sorti indemne, et les jeunes gens se faisaient maintenant de plus en plus rares, car tous avaient péri de cette manière. Pensant qu’il pourrait peut-être leur venir en aide, Valère boucla aussitôt ses bagages et se mit en route, alors que les feuilles jaunies jonchaient déjà le sol. Nul ne sait au juste combien de temps dura son voyage, ni pendant combien de jours il marcha, toujours plus loin, à travers des pays qu’il voyait pour la première fois, mais quand il toucha enfin au but, la neige n’était plus qu’un souvenir et le soleil brillait, haut dans le ciel, et réchauffait la terre, que perçaient déjà çà et là de jeunes pousses vert tendre. Mais sur les visages ne se lisait aucune joie, comme si là-bas, dans les cœurs, l’hiver ne devait jamais laisser place au printemps. Sortant de son balluchon la plume, Valère se transforma aussitôt en pigeon et vola par-dessus la mer jusqu’à la tour inaccessible, où il se posa sur le rebord de la fenêtre. Il appela le jeune homme qui y était enfermé, et lui révéla qu’il était en fait un humain, venu tout exprès pour le délivrer. Et ensemble, ils convinrent d’un stratagème: Le jeune homme ne se fit pas prier, et quand le géant vint, comme chaque soir, lui rendre visite, il l’interrogea: Fort de cette information, le jeune homme attendit fiévreusement le retour de Valère, partagé entre l’espoir et la crainte. En effet, pensait-il en lui-même, «comment un homme, fût-il capable de se changer en oiseau, pourrait-il entrer là où une araignée ne le pouvait pas?» A la nuit tombante, Valère rendit à nouveau visite au jeune homme et celui-ci lui exposa par le menu tout ce qu’il avait appris du géant. Le géant n’avait pas menti, le passage était si minuscule qu’on ne pouvait y entrer le petit doigt. Valère ouvrit alors son balluchon et grâce à la patte, il se changea aussitôt en fourmi et put s’engager sans difficulté dans le tunnel. Il courut de toute la force de ses pattes, dans le sombre corridor, et déboucha enfin dans une grande salle, qu’illuminait l’éclat phosphorescent de la boule de cristal. Dès qu’il en fut sorti, il reprit sa forme humaine et s’en alla avec son précieux fardeau. Malheureusement, il avait à peine fait dix pas que des détrousseurs de voyageurs
vinrent à sa rencontre, pour le dépouiller. Mais Valère tira le poil de son sac et se transforma en un gros chien menaçant, grondant et montrant des dents acérées. Quand Valère arriva à la tour, le géant s’y trouvait également. Tenant la boule de cristal, Valère se présenta devant lui. A cette vue, le géant tomba aussitôt à genoux, impuissant. A l’instant, la tour altière dans laquelle il avait séquestré tant de gens ne fut plus qu’une vieille cabane à l’abandon, et la mer qui l’entourait jadis une simple flaque d’eau. Bras-dessous, bras-dessus, les jeunes gens s’en retournèrent au village, où une foule en liesse les accueillit en héros. Quant au géant, nul n’entendit jamais plus parler de lui, et personne, bien évidemment, ne s’en plaignit.
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