Valère et ses amis

(Le corps sans âme)

 
Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (Valère et ses amis / Le corps sans âme) (Grimm)

Sexisme et spécisme dans la littérature enfantine (Valère et ses amis / Le corps sans âme) (Grimm)Il advint qu’un jour, un jeune garçon, qui s’appelait Valère, rencontra dans la forêt une fourmi, un pigeon et un chien, qui se disputaient un morceau de pain. Dès qu’il fut à portée de voix, le chien s’adressa à lui en ces termes:
«S’il te plaît, joins-toi à nous, et dis-nous dans ta sagesse à qui doit revenir ce morceau de pain, car sur ce point, nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord».
«Entendu», répondit Valère, et sortant un couteau, il trancha la croûte, qu’il donna au chien, et partagea ensuite la mie entre la fourmi et le pigeon.

Les trois compères, ravis de ce partage, voulurent remercier le jeune homme, qui avait si habilement mis un terme à leur querelle. Le chien lui fit cadeau d’un poil, qui lui permettrait de se changer en chien quand il le voudrait et le pigeon lui donna une plume, grâce à laquelle il pourrait devenir oiseau. Quant à la fourmi, elle lui donna une patte, qu’elle avait perdue tout récemment, et qui le rendrait capable, s’il le souhaitait, de se transformer en fourmi.

Emu de leur gentillesse, Valère les remercia et rentra chez lui, où il s’empressa de cacher en lieu sûr le poil, la plume et la patte. Plusieurs mois s’étaient écoulés, quand un jour, Valère apprit qu’en une lointaine contrée, un géant s’emparait des jeunes gens et les emprisonnait dans une tour, perdue au milieu de la mer, où ils mouraient de faim et de soif. La population, terrorisée, avait déjà tendu de nombreux pièges au géant, mais à chaque fois, il en était sorti indemne, et les jeunes gens se faisaient maintenant de plus en plus rares, car tous avaient péri de cette manière.

Pensant qu’il pourrait peut-être leur venir en aide, Valère boucla aussitôt ses bagages et se mit en route, alors que les feuilles jaunies jonchaient déjà le sol. Nul ne sait au juste combien de temps dura son voyage, ni pendant combien de jours il marcha, toujours plus loin, à travers des pays qu’il voyait pour la première fois, mais quand il toucha enfin au but, la neige n’était plus qu’un souvenir et le soleil brillait, haut dans le ciel, et réchauffait la terre, que perçaient déjà çà et là de jeunes pousses vert tendre. Mais sur les visages ne se lisait aucune joie, comme si là-bas, dans les cœurs, l’hiver ne devait jamais laisser place au printemps.

Sortant de son balluchon la plume, Valère se transforma aussitôt en pigeon et vola par-dessus la mer jusqu’à la tour inaccessible, où il se posa sur le rebord de la fenêtre. Il appela le jeune homme qui y était enfermé, et lui révéla qu’il était en fait un humain, venu tout exprès pour le délivrer. Et ensemble, ils convinrent d’un stratagème:
«Tâche de découvrir où se tient la force du géant», dit Valère au jeune homme, «et quand je reviendrai demain, raconte-moi tout sans omettre un seul détail, et de cette façon, nous pourrons le vaincre et te sauver».

Le jeune homme ne se fit pas prier, et quand le géant vint, comme chaque soir, lui rendre visite, il l’interrogea:
«D’où tenez-vous cette force hors du commun?»
«Au pied de cette colline», lui dit le géant, «se trouve une grotte obscure et humide, dont l’accès est si étroit, qu’une araignée n’y pourrait entrer. Au cœur de cette grotte, dans l’ombre, luit une boule de cristal. C’est en elle que réside toute ma force, et quiconque s’en emparerait m’enlèverait toute forme de pouvoir».

Fort de cette information, le jeune homme attendit fiévreusement le retour de Valère, partagé entre l’espoir et la crainte. En effet, pensait-il en lui-même, «comment un homme, fût-il capable de se changer en oiseau, pourrait-il entrer là où une araignée ne le pouvait pas?»

A la nuit tombante, Valère rendit à nouveau visite au jeune homme et celui-ci lui exposa par le menu tout ce qu’il avait appris du géant.
«Ne perdons pas de temps», dit-il à son ami, et Valère s’élança dans les airs et vola jusqu’en bas de la colline, où il se mit à chercher l’entrée de la grotte, qu’il ne tarda pas à découvrir, dissimulée dans les broussailles.

Le géant n’avait pas menti, le passage était si minuscule qu’on ne pouvait y entrer le petit doigt. Valère ouvrit alors son balluchon et grâce à la patte, il se changea aussitôt en fourmi et put s’engager sans difficulté dans le tunnel. Il courut de toute la force de ses pattes, dans le sombre corridor, et déboucha enfin dans une grande salle, qu’illuminait l’éclat phosphorescent de la boule de cristal.
«Nous y voici», pensa-t-il, et il se mit à la pousser hors de la salle, puis tout au long du tunnel, par lequel il était venu.

Dès qu’il en fut sorti, il reprit sa forme humaine et s’en alla avec son précieux fardeau. Malheureusement, il avait à peine fait dix pas que des détrousseurs de voyageurs vinrent à sa rencontre, pour le dépouiller. Mais Valère tira le poil de son sac et se transforma en un gros chien menaçant, grondant et montrant des dents acérées.
«Un chien enragé, un chien enragé», s’écrièrent les bandits en le voyant, et ils s’enfuirent aussi vite qu’ils le pouvaient.

Quand Valère arriva à la tour, le géant s’y trouvait également. Tenant la boule de cristal, Valère se présenta devant lui. A cette vue, le géant tomba aussitôt à genoux, impuissant. A l’instant, la tour altière dans laquelle il avait séquestré tant de gens ne fut plus qu’une vieille cabane à l’abandon, et la mer qui l’entourait jadis une simple flaque d’eau.

Bras-dessous, bras-dessus, les jeunes gens s’en retournèrent au village, où une foule en liesse les accueillit en héros. Quant au géant, nul n’entendit jamais plus parler de lui, et personne, bien évidemment, ne s’en plaignit.

Il s’agit d’une réécriture du conte traditionnel «Le corps sans âme», pour laquelle nous nous sommes également inspirée de la version de Grimm (La boule de cristal). Nous en avons revu les aspects agressifs (pain à partager, au lieu d’une carcasse, boule de cristal cachée dans un tunnel plutôt qu’un œuf, dont l’obtention entraîne la mort de deux animaux) et sexistes (altruisme au lieu de conquête féminine).

Signez notre livre d'or

HAUT DE LA PAGE

Accueil ] Littérature enfantine ] Analyse du "Petit chaperon rouge" ] Analyse du "Petit poucet" ] Sommaire des contes récrits ] Sommaire des poèmes ] Livre d'or ] Nos liens préférés ]

Isonomia - Free web design for activist causes (AVEA - Action végétariste pour l'égalité animale)

Webmestre: AVEA - Action végétariste pour l'égalité animale